Mélusine tricote… : Chroniques d'une tricoteuse 'New Generation' » L'IDD » L’IDD #6 : Emmanuel Parmentier.
L’IDD #6 : Emmanuel Parmentier.
Chères lectrices, chers lecteurs,
Si Mélusine tricote, elle a aussi d’autres passions dans la vie : vous me connaissez fan de musique, mais je suis aussi une dévoreuse de livres. Je suis récemment rentrée à Nancy (ah, la France…) où se tenait la 32ème édition du Livre sur la Place, grande manifestation littéraire où sont présents chaque année des centaines d’auteurs. Parmi ceux que je tenais à rencontrer cette année, Emmanuel Parmentier, un jeune auteur à la plume productive et au sourire ravageur (non, rêvez pas les filles, il est déjà casé), dont le roman « Mon frère » cumule les bonnes critiques.
Emmanuel a gentiment accepté de jouer le jeu de l’interview tricot : voici son IDD.
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Crédits : François Noseda
Mélusine tricote… : Bonjour Emmanuel, bienvenue sur Mélusine tricote… Jusqu’ici, j’ai interviewé principalement des chanteurs. Tu es le premier auteur qui se colle à l’IDD. Pas trop le trac?
Emmanuel Parmentier : Oh si ! Tu m’intimides vachement avec tes aiguilles ! Tu ne vas pas me piquer, hein ?…
Mélu : Si tu es bien sage et que tu réponds à mes questions jusqu’au bout, ça devrait bien se passer, ne t’inquiète pas
Pour commencer, une petite question qui me brûle la langue : quand je suis venue te voir en Septembre au Livre sur la Place pour te demander si tu voulais répondre à une interview sur un blog de tricot, qu’est-ce que tu as pensé ? Tu t’es dit que j’étais complètement barge ? (rires)
EP : Ben, tu me l’as demandé poliment et avec un grand sourire. Donc, je ne pouvais pas refuser… Et puis, les barges, j’aime ça !
Mélu : (Rires) Emmanuel Parmentier, qui es-tu ?
EP : Euh, un barge à sa manière ?… Plus sérieusement, je me définirais comme un esprit curieux et touche-à-tout. « Un aventurier des mots », comme j’aime le dire…
Mélu : Tu touches un peu tous les publics : adultes, ados, et même (jeunes !) enfants. Pour qui préfères-tu écrire ?
EP : J’écris plus souvent pour les enfants et les ados. Pour les adultes, c’est plus par « obligation », pour être pris « au sérieux »… En fait, ça dépend des moments, de ce qui se passe dans ma petite vie. Et j’aime alterner !
Mélu : Publics différents, mais aussi genres différents : tu t’adonnes non seulement au roman, mais aussi à la nouvelle, à la poésie… Même question que précédemment : as-tu une préférence et si oui, laquelle ?
EP : J’aime bien alterner les genres car je trouve ça ressourçant (comme d’écrire pour des publics différents). Après, la poésie, c’est plus instinctif, sur le moment. Un roman demande beaucoup de travail en amont… La nouvelle est très exigeante aussi : efficacité et concision. Ça dépend aussi du temps et de l’énergie que je suis prêt à accorder (écrire un roman demande du souffle !).
Mélu : Ton dernier roman, « Mon frère » (dont nous retrouvons un extrait en fin d’interview), fait beaucoup parler de lui sur la blogosphère spécialisée. Tu peux le présenter aux lecteurs de Mélusine tricote… ?
EP : « Mon frère » est un roman qui commence mal et… qui se termine mieux. C’est un livre sur les liens entre frères, sur la mort, sur l’absence, sur l’amour, sur les rêves, sur le cinéma aussi, qui occupe une place centrale. Un livre pas évident à expliquer, mais qui vous prend aux tripes (enfin, je l’espère)… En fait, l’idée était d’aborder la mort sans être plombant, un roman qui, paradoxalement, vous redonne la pêche… Et, vu les échos, cela semble plutôt réussi…
Mélu : Ça l’est, selon moi. Je l’ai lu il y a peu et la fin est d’une grande intensité. Comme tu le disais précédemment, ce roman aborde le thème difficile de la mort et de la perte d’un être cher. Pourquoi ce choix de sujet qui est, à ma connaissance, peu abordé dans la littérature ado ?
EP : C’est après coup que je me suis rendu compte qu’effectivement le thème était assez original. La mort est un sujet un peu tabou, en littérature comme dans la vie… Après, on est tous frappés par la mort. Ce roman a été l’occasion de lui rendre quelques comptes, de lui faire un « pied de nez »… À l’origine aussi, quelques souvenirs d’enfance qui ne veulent pas s’effacer…
Mélu : Ce sujet, c’est une vraie prise de risque, mais il semble que cette prise de risque paie puisque « Mon frère » s’exporte à l’étranger d’une manière plutôt inattendue…
EP : Tu veux parler du feuilleton radiophonique en Angleterre et en Nouvelle-Zélande ? Bah, un peu de chance et un heureux concours de circonstances… Il paraît même que Spielberg est intéressé… (rires)
Mélu : Oh, mais c’est tout le mal que je te souhaite, comme on dit en bon lorrain (sachez, chères lectrices, chers lecteurs, qu’Emmanuel et moi avons en commun notre Lorraine natale).
On note des similitudes entre tes personnages dans le roman et ta vie personnelle. Léo, par exemple, est passionné de cinéma mais s’est dirigé vers des études d’informatique pour rassurer ses parents. C’est ton cas aussi, il me semble. De même, Théo va soutenir l’association « Vaincre la Mucoviscidose », association que tu soutiens également. Dans quelle mesure ta propre vie influe-t-elle sur la vie de tes personnages ?
EP : Dans ce roman, il est vrai que j’ai mis beaucoup de moi, de mon vécu. En « brodant » autour, bien sûr — tiens, « broder », c’est cool ça ! (rires)… Mais chaque livre est différent. Dans l’ensemble, il est vrai que j’aime bien jouer avec mon « personnage »… Quant à l’association mentionnée, disons que je connais des gens qui ont la mucoviscidose et dont la vie est une belle leçon de courage… Sur ce point, Théo, le héros de « Mon frère », et moi ne faisons effectivement qu’un.
Mélu : Aucun de tes personnages ne tricote dans « Mon frère », dois-je en déduire que c’est un art que tu ne pratiques pas ?
EP : Ah si, je suis même ceinture noire troisième dan ! (rires) À vrai dire, non… Ça fait partie des nombreuses choses que je ne maîtrise pas. Je crois que je n’aurais pas la patience…
Mélu : Quelle image as-tu du tricot en général ?
EP : Beaucoup de respect, car ça demande de la patience, du doigté, un vrai savoir-faire… Vraiment.
Mélu : … d’une femme qui tricote ?
EP : Si elle me tricote des beaux pulls qui ne grattent pas, pourquoi pas ?
Mélu : … et d’un homme qui tricote (il y en a de plus en plus ! Russell Crowe, si tu me lis, cette question est pour toi
?
EP : Ne jamais dire jamais…
Mélu : Ton tricot idéal, celui que tu pourrais porter tous les jours, c’est quoi ?
EP : Mon pull en laine irlandais qui sent le mouton quand je le lave (mais qui me tient bien chaud).
Mélu : Tu pourrais écrire un roman, un jour, dont la principale protagoniste serait une tricoteuse ?
EP : Aucun préjugé, donc oui, pourquoi pas ? Ça peut même être un super personnage (tiens, une idée…) ! Et puis si c’est un personnage féminin, déjà, ça commence bien… Et puis les aiguilles…
Mélu : Tu sais que si tu écris un tel livre, tu auras toute la communauté des tricoteuses derrière toi, n’est-ce pas ?
Une anecdote tricot à nous faire partager ?
EP : Euh, des souvenirs de pulls faits main qui grattaient (désolé, maman)… Ou mon fameux pull irlandais avec lequel je pose souvent…
Mélu : Oui, je l’avais repéré, celui-là ! Emmanuel, j’aimerais maintenant te poser une question « à la Parmentier ». Je m’explique : tu as écrit un livre pour les petits, intitulé « C’est quoi un bon livre ? » (livre très intelligent, soit dit en passant, qui fait réfléchir les enfants – c’est l’ancienne maîtresse d’école qui parle -). Moi, j’ai envie de te demander : C’est quoi un bon blog ?
EP : Ton blog en est un bel exemple. De la passion, du contenu, des idées à la pelle… Et au final, une belle affluence qui ne se dément pas ! Et c’est une réponse sincère.
Mélu : Et bien merci
On arrive à la fin de l’interview, on inverse les rôles. Y a-t-il une question que tu voudrais me poser (en rapport avec le tricot ou pas) ?

Merci !
EP : Euh, y a vraiment beaucoup d’hommes qui tricotent ??? (rires)
Mélu: (Rires) En Europe, pas énormément, malheureusement. Le tricot est encore accolé à l’idée d’activité strictement féminine, ce qui bien sûr complètement faux : il n’y a qu’à voir les chefs-d’œuvre tricotés par les hommes au Pérou… Aux États-Unis, le tricot a une image totalement différente, beaucoup plus in, beaucoup plus jeune… Et là-bas, un homme qui tricote, ça ne choque pas plus que ça… Et parmi ces hommes du Nouveau Monde qui manient l’aiguille à la perfection, le roi, pour moi, c’est lui.
Une petite japonerie, pour finir, aux lecteurs (qui sont surtout des lectrices !) de Mélusine tricote… ?
EP (alias Grand Sage Manumoto):
Tricoti tricota
lève l’aiguille
et puis voilà…
Mélu : Et bien, on va conclure avec ça ! Merci beaucoup Emmanuel d’avoir accepté de répondre à cette interview. Je te souhaite une bonne continuation, et beaucoup de succès à « Mon Doudou Si Doux », ton nouvel album jeunesse qui sort très prochainement en librairie.
Quand à toi, cher lecteur, sache que tu peux retrouver Emmanuel Parmentier sur son blog et son Facebook.
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Et non, ne te sauve pas encore! Emmanuel m’a permis de te faire découvrir les premiers paragraphes de « Mon Frère », alors lis et dis-moi ce que tu en penses !
Un arc-en-ciel
Sur le chemin du retour, j’ai droit à un arc-en-ciel. Depuis tout petit, je suis fasciné par les arcs-en-ciel ; pour moi, il n’y a pas de spectacle plus enchanteur. Je m’arrête et contemple ces longues bandes de couleur qui s’unissent, sans jamais vraiment se mêler.
Si j’aime tant les arcs-en-ciel, c’est peut-être parce que c’est le signe de la réconciliation entre le ciel et la terre. Après s’être emporté, après avoir donné libre cours à sa colère, le ciel sourit à la terre, comme pour se faire pardonner. Celle-ci, pas rancunière, accepte ses excuses et lui tend, d’une certaine manière, la main. C’est ainsi que naît une arche aux couleurs miroitantes.
Malheureusement, cette réconciliation est éphémère : les arcs-en-ciel disparaissent aussi vite qu’ils sont apparus. Je reprends donc ma marche solitaire, tout en continuant à mastiquer mon chewing-gum à la menthe, afin de masquer l’odeur de cigarette.
Parvenu au coin de la rue, je remarque tout de suite la camionnette des gendarmes, postée devant la maison. Je me dis : « Ça y est, Théo, t’as décroché le gros lot ! Ça va être ta fête… »
Avec Yohann, mon meilleur pote, on a pris l’habitude de chaparder des bonbecs à l’épicerie, en face du collège. C’est devenu une sorte de jeu. On s’est fait prendre une fois, la vendeuse nous a passé un savon, mais ce n’est pas allé plus loin. On s’est calmés pendant quelque temps, et puis on a recommencé. Il y a deux jours, on s’est fait de nouveau pincer. Comme des cons, la main dans le sac.
Je pense que l’épicière nous a tout simplement balancés.
La perspective de prendre la poudre d’escampette m’effleure. Et puis je me dis que la vie, ce n’est pas une fuite continuelle. Il y a des moments aussi où il faut assumer, affronter son destin. Surtout quand il s’agit de bâtons de réglisse, de carambars et de langues de chat… Je retiens ma respiration, prends un air angélique et pousse la porte d’entrée. Je lance au passage un « Bonsoir ! » bien inspiré.
Je comprends très vite que les gendarmes ne sont pas là pour me sermonner. Mon père et ma mère sont effondrés dans le canapé, des larmes ruissellent de leurs yeux rougis. Deux officiers se tiennent debout à leurs côtés. L’un est gros, l’autre est petit, on dirait Laurel et Hardy. Sauf qu’ils ne me donnent pas du tout envie de rire. Sur leurs visages, je lis de la tristesse et du désarroi.
C’est la première fois que je vois mon père pleurer. Je ne savais même pas qu’en lui, il y avait des larmes. Je réalise aussitôt que quelque chose de tragique vient de se passer.
Emmanuel Parmentier, Mon Frère, pp. 9-11.
Grrr…art, 2010.
Catégorie(-s) : L'IDD · Tags: auteur, célébrités, dédicace, Emmanuel Parmentier, littérature, Mon Frère



























Merci Mélusine , pour cette interwiew qui nous en apprends davantage sur l’auteur de « mon frère » ! Emmanuel Parmentier est un nom dont va encore beaucoup parler !
Sympa la dédicace ! Et superbe interview ! Bravo à vous 2 !
Super cet interview d’Emmanuel Parmentier, et l’extrait de son livre qui donne envie!!!
Alors Mélusine, une petite info, il existe un livre dans lequel un des personnage principal est une tricoteuse, et je dois dire qu’enfant (je tricote depuis l’âge de 4/5 ans…) cela m’a marquée, et depuis je peux tricoter sans regarder mon ouvrage, et même dans le noir … ça raccourcit les voyage de nuit en voiture!!! bien sûr, je garde des choses simples où il ne faut pas compter!!!
Le titre de ce livre c’est « Un Bon Petit Diable » de la Comtesse de Ségur, et la tricoteuse est une jeune fille aveugle!Voilà, c’était pour info, bon tricot en ces après midi de pluie………